Histoire
Après 1945, Montreuil est devenue la capitale des Roms
On les appelait « Tziganes », « Gitans », « manouches ». En 1971, le premier Congrès mondial romani a imposé l’appellation Roms. Longtemps persécutés et encore aujourd’hui stigmatisés, les Roms se sont durablement implantés en Seine-Saint-Denis. Ils font intimement partie de l’histoire de Montreuil, où ils se sont enracinés.
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© Mateo Maximoff
Le 8 avril dernier commémorait la Journée internationale des Roms. Cette appellation générique regroupe les Kaldérash, anciennement chaudronniers ; les Lovara, marchands de chevaux ; les Sinté, venus d’Allemagne comme le guitariste Django Reinhardt ou d’Italie comme la famille montreuilloise Brion. Une balade, parrainée par Sanseverino, chanteur et habitant des Murs à pêches et amoureux des musiques tsiganes, qui marchait sur les traces des Roms à Montreuil de l’ancien cimetière jusqu’aux Murs à pêches.
Cette balade historique aurait aussi bien pu partir de la porte de Montreuil. Dès les lendemains de la première guerre mondiale, une brèche s’y ouvre entre la capitale et la banlieue industrieuse surnommée « la zone ». Les baraques, les caravanes et les tentes s’y entassent par milliers. Un monde dense, bricolé, mais vivant, que les nazis rasent en 1943. Les Roms qui n’ont pas fui se réfugient dans l’ancienne carrière des Buttes à Morel. Le 18 août 1944, deux frères d’une famille de circassiens de La Noue, Louis et Charles-Firmin Falck, décrochent le drapeau nazi de la mairie. Réfractaires au Service du travail obligatoire (STO), engagés dans les Forces françaises de l’intérieur (FFI), ils incarnent une résistance longtemps restée dans l’ombre. « Ces personnes ont été moins honorées par les institutions car leurs exploits se sont transmis par la tradition orale, estime Sabine Pesier, co-présidente du Mémorial national des femmes en résistance et en déportation. Cette invisibilisation n’a pas été volontaire, c’est un oubli. » Plus de 6 500 Roms ont été internés en France. En Europe entre 100 000 et 300 000 ont été assassinés pendant la seconde guerre mondiale. « Après le camp d’internement, les familles n’avaient plus rien. On leur avait tout pris. Mais ce n’est pas dans la tradition de remuer le malheur car il peut revenir », témoigne le bédéiste Kkrist Mirror, qui a consacré trois ouvrages à cette histoire.
Montreuil ville ouverte
« Après la guerre, Montreuil est devenue pour ainsi dire la capitale des Roms de France », selon Matéo Maximoff. Né et élevé dans la zone, interné lui aussi, il est le premier photographe et écrivain rom à avoir documenté la mémoire de sa communauté. De retour à Montreuil, sa famille s’installe rue Gaston-Lauriau à l’époque où l’on y voyait encore des murs à pêches. Comme les Maximoff, près de deux cents Roms prennent leurs quartiers dans les terrains vagues, champs et jardins abandonnés, en contrebas du cimetière, dans les Murs à pêches, et autour du parc Montreau. Tout le monde a alors la possibilité de construire une baraque, la mairie de Daniel Renoult délivre facilement des autorisations. S’ils ne se mélangent pas, voisins montreuillois (les Gadjé) et Roms vivent une cohabitation respectueuse. Aucun n’a l’eau courante, tous se retrouvent à la fontaine. Le quartier de la mairie devient également un point de rencontre pour la communauté rom. Les hommes y investissent les cafés notamment celui des Monédières. Vers la fin des années 60, les mouvements liés à l’urbanisme avec la construction de HLM à La Noue ou de l’hôpital intercommunal à La Boissière, poussent certaines familles à acquérir des terrains et des pavillons tandis que d’autres quittent la ville.
Jazz manouche toujours vivant
Les fêtes et la musique de la communauté rom ont laissé une empreinte durable à Montreuil. Une fresque rue Saint-Just, réalisée par le collectif La Graffiterie en 2016, célèbre la double mémoire des horticulteurs des Murs à pêches et des musiciens tsiganes. Pendant près de quinze ans, le festival de la rue Saint-Antoine a prolongé la vitalité de cet héritage. D’abord confidentiel, il a peu à peu attiré un large public et accueilli des figures majeures du jazz manouche, dont les fils de Django Reinhardt ou encore Sanseverino. Le festival a disparu, mais l’esprit demeure. Aux Murs à pêches, l’énergie circule encore. Le chanteur Johnny Montreuil, installé là depuis une quinzaine d’années, en témoigne : « Ici, on vit toujours cette liberté intense, même si l’espace se réduit peu à peu. Il reste une forme de bienveillance. »
Première femme rom adjointe au maire de Montreuil, Liliana Hristache salue les nombreuses initiatives autour de la journée du 8 avril. « En tant que femme élue issue d’une famille qui a vécu le génocide, je me réjouis que l’on mette cette communauté en lumière. Ces rendez-vous nous donnent de l’ambition et nous aident à combattre les discriminations et le racisme. »
Christine Chalier
Membre de l’association Mémoire vive des convois des 45 000 et 31 000 d’Auschwitz- Birkenau, le journaliste montreuillois Julien Le Gros propose régulièrement des balades mémorielles dans la ville. Organisée en partenariat avec l’association Promnésie et les Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation de Seine-Saint-Denis, la prochaine balade consacrée aux Roms de Montreuil aura lieu le samedi 25 avril.
Inscriptions sur exploreparis.com