C’était comment les vacances, autrefois ?
L’été 1936, il y a 90 ans, fut une fête à Montreuil et dans toute la France. Cette année-là, le Front populaire instaure les congés payés pour tout le monde. En écho à cette victoire sociale, obtenue par la grève et dans les urnes, Le Montreuillois a posé la question à onze retraités qui ont grandi à Montreuil : c’était comment les vacances, autrefois ?
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Sortie du Patronage du parc Montreau à l’Isle-Adam, dans le Val d’Oise dans les années 1930.
© Services des archives municipales
L’été 1936, il y a 90 ans, fut une fête à Montreuil et dans toute la France. Cette année-là, le Front populaire instaure les congés payés pour tout le monde. En écho à cette victoire sociale, obtenue par la grève et dans les urnes, Le Montreuillois a posé la question à onze retraités qui ont grandi à Montreuil : c’était comment les vacances, autrefois ?
C’était le paradis ! Voilà le début des congés payés. Si, vers quatre, cinq heures, avec les copains, j’avais envie d’aller faire un tour ou une partie de belote, c’était permis. Jouer aux cartes, à quatre heures, payés par le patron, on avait presque mauvaise conscience, une sorte d’inquiétude… », racontait Benigno Cacérès, ouvrier charpentier et historien autodidacte, décédé en 1991. Le Front populaire, coalition des partis de gauche, arrive au pouvoir en mai 1936. La loi sur les congés payés est promulguée un mois plus tard, le 20 juin précisément, en ces termes brefs : « Les salariés des deux sexes liés à un employeur par un contrat de travail ont le droit à quatorze jours de congés payés après un an de services continus et à six jours pour six mois de services. »
À Montreuil, c’est la fête. Depuis plusieurs semaines, de nombreuses usines et ateliers sont occupés par les ouvriers en grève. Ces derniers sont soutenus par la municipalité communiste, élue un an plus tôt. « À travers toute la France, les grèves débutent dès la victoire du Front populaire, leur objectif est d’encourager le gouvernement Blum à appliquer son programme », rappelle l’historien Pascal Ory. En plus des congés payés, ce programme instaure plusieurs avancées sociales majeures : la semaine de 40 heures sans perte de salaire (contre 48 précédemment), la création des conventions collectives, la confirmation des libertés syndicales…
Permettre à chacun de changer d’air, d’aller à la rencontre du monde, de vivre autrement, le temps d’un congé durement gagné.
Les congés payés ne sont toutefois pas synonymes de départ en vacances. Et les onze seniors montreuillois que nous avons interrogés en témoignent. Ils sont pour la plupart nés dans les années 1940-1950, et leurs parents, ouvriers, ne quittaient pas Montreuil, ou très peu, faute de moyens. Si, au cours du xxe siècle, la durée des congés payés s’est allongée (trois semaines en 1956, quatre en 1969 et enfin, cinq en 1982), les inégalités face aux vacances demeurent. En 2025, seuls 49 % des personnes qui touchent le smic sont parties en vacances, contre 78 % chez les cadres supérieurs, selon le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc). Permettre à chacun de changer d’air, d’aller à la rencontre du monde, de vivre autrement, le temps d’un congé durement gagné, est l’enjeu du modèle de « tourisme social » que défend Montreuil, à travers les colonies de vacances, les camps d’ados et les séjours du centre communal d’action sociale. « L’investissement dans des politiques socioculturelles contribue à former la société de demain, note le sociologue Bertrand Réau. Hélas, l’État s’est très largement désengagé du soutien au tourisme social. » Il est sans doute temps de renouer avec l’esprit du Front populaire.
Jean-François Monthel
Été 36, Montreuil en ébullition
Philosophe et guide conférencière, Anouk Colombani* évoque le Front populaire à Montreuil.
« Chez Pauvel, Bébé jumeau, Robergel, la Compagnie des tubes, Sebin, Les Jouets de Paris, Jumel ou encore Pernod, la grève est votée début juin. Les grévistes occupent leurs usines, où ils discutent, dansent et jouent pour certains jusqu’en juillet. Ils se retrouvent aussi à la bourse du travail, que la mairie vient de créer dans une ancienne salle de spectacle, rue de Vincennes. La municipalité communiste, élue en 1935, fait servir 50 000 repas et des élus se déplacent pour soutenir les occupations. La Ville accompagne aussi le Front populaire par des réalisations sociales, notamment à destination des enfants, des chômeurs et des « vieux travailleurs ». Pour les plus jeunes, elle organise notamment un camp de vacances dans le parc Montreau. Un réfectoire y est créé ainsi qu’un dispensaire pour soigner les enfants et suivre les maladies pulmonaires. Il s’agit de permettre aux enfants de respirer du bon air et de prendre du poids. »
* Anouk Colombani propose régulièrement une balade sur les traces du Font populaire à Montreuil. Prochain rendez-vous mercredi 22 juillet, à 18 h. Inscription sur : Exploreparis.com
Nous avons demandé à onze Montreuillois de remonter le fil de leurs souvenirs et de nous raconter leurs étés d’enfance, dans les colos, avec le patronage (ancêtre du centre de loisirs), en famille dans les pays d’origine… Ils témoignent.