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Che Guevara. Du maquis bolivien aux studios de Montreuil 

Publié le 17 septembre 2026 | N°227

Ernesto Rafael Guevara. De La Serna, alias « Che Guevara » ou « le Che », né le 14 juin 1928 à Rosario, en Argentine, et mort en 1967 à La Higuera, en Bolivie, on connaît. Le béret, l’étoile, la barbe, la photo de Korda reproduite jusqu’aux mugs. Mais les hommes qui étaient avec lui en Bolivie ? Les Survivants du Che, de Christophe Réveille, raconte leur folle cavale après sa mort. Et, derrière cette aventure latino-américaine, une histoire montreuilloise.

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Artisan de la révolution cubaine, incarnation du romantisme, même mort depuis près de 60 ans, Che Guevara continue d’inspirer.

© dr

Octobre 1967. Le Che est mort, mais six hommes courent encore. Rescapés de sa guérilla, ils ont quelque 4 000 soldats à leurs trousses et une seule issue : rejoindre le Chili. 2 400 kilomètres de jungle, de montagnes et plusieurs mois de cavale. Une histoire vraie qui a tout du scénario hollywoodien. Une aventure que Christophe Dimitri Réveille a poursuivie pendant vingt-deux ans. Il retrouve trois des survivants, Pombo, Urbano et Benigno, recueille leurs récits, exhume des archives parfois inédites et retourne avec eux sur les lieux de leur fuite. Vincent Lindon prête sa voix au film, l’animation comble les images manquantes. Et le documentaire historique se mue en western, en road movie, en film de survie.

Entre la bolivie et cannes : Montreuil

Sur le chemin entre la Bolivie et Cannes, il y a aussi Montreuil. Le montage est réalisé par le Montreuillois Julien Schickel, dans les locaux de 16 Prod, rue Marceau, avec Jérémy Schloesser. Simon Géliot, lui aussi montreuillois, travaille sur l’animation. Musicien du film, il est surtout l’un des plus proches collaborateurs artistiques du réalisateur. Quant à Christophe Dimitri Réveille, il ne lui manque finalement qu’une chose pour compléter le tableau : devenir montreuillois lui-même. Et, à l’entendre, l’idée lui plaît plutôt bien.

Christophe Réveille n’avait aucune envie d’ajouter un énième portrait du Che à la collection. Ce sont les autres qui l’intéressent. Leurs trajectoires, leurs contradictions, leurs renoncements aussi. Des héros sans piédestal, avec beaucoup de zones grises. Et derrière ces vingt-deux années d’obstination se cache une histoire intime : « J’ai perdu ma mère jeune. Un jour, je suis tombé sur cette histoire. Ces hommes avaient vécu un drame, mais ils lui avaient trouvé un sens et en avaient fait quelque chose pour les autres. Je me suis dit : il faut raconter cette histoire. » 

L’obstination a payé. Présenté en séance spéciale au Festival de Cannes 2026, Les Survivants du Che en est reparti avec quelque chose qui ne se range pas dans une vitrine : un bouche-à-oreille sacrément solide et des critiques dithyrambiques. Le Monde, Libération, Télérama, Les Cahiers du cinéma, Le Canard enchaîné, L’Humanité, Politis…

Et l’histoire pourrait ne pas s’arrêter là. Avant même Cannes, les distributeurs américains du film disaient déjà voir Les Survivants du Che jusque dans la course aux Oscars. Réveille, lui, n’y croyait déjà pas vraiment pour Cannes. Il a appris une chose : parfois, mieux vaut laisser les autres croire pour soi.

Aude Rossigneux