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Couples : quand les femmes paient l’addition

Publié le 01 octobre 2026 | N°228

Proposée par l’association féministe Les Missives et visible jusqu’au 24 octobre au Centre Tignous, l’exposition Où sont nos thunes ? décortique les mécanismes qui fragilisent économiquement les femmes.

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L’autrice montreuilloise Titiou Lecoq a exposé à Tignous sa théorie du pot de yaourt.

© Juliette De Sierra

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les femmes gagnent 21,8 % de moins que les hommes, et 38 %* à la retraite. Mais les inégalités se nichent aussi dans la manière dont l’argent circule au sein du couple, avec des conséquences très concrètes sur l’autonomie des femmes.  

À la librairie Libertalia, le 17 septembre, les sociologues Céline Bessière et Sybille Gollac ont présenté Le Genre du capital, qui reparaît en BD. « On voit que les hommes et les femmes ne comptent pas pareil, a affimé Sybille Gollac. Les transmissions se font systématiquement en défaveur des femmes, et les familles reproduisent les schémas sociétaux qui deviennent très visibles au moment des séparations et des héritages. » En moins de 20 ans, les écarts de patrimoine entre hommes et femmes sont passés de 9 à 15 %, ont expliqué les deux sociologues.

L’exposition des Missives au Centre Tignous a proposé des rencontres, tables rondes, spectacles et jeux. L’essayiste montreuilloise Titiou Lecoq a ainsi pu expliquer  le 25 septembre « pourquoi les hommes sont plus riches que les femmes » grâce à sa « théorie du pot de yaourt ». Sous couvert de proportionnalité, Monsieur achète une voiture ou rembourse le crédit de la maison pendant Madame assume les dépenses du quotidien, un argent qui ne génère aucun capital, symbolisé par des pots de yaourts vides.  

Les violences économiques sont des violences conjugales  

Les violences économiques qui voient le conjoint surveiller ou empêcher d’utiliser son argent sont aussi des violences conjugales. « L’exposition a pour objectif de déculpabiliser les femmes, car il y a tout un système très organisé pour nous maintenir dans l’ignorance. Pour nous, c’est déjà gagné si les femmes se disent en sortant qu’elles vont parler d’argent avec leur enfant, rediscuter avec leur conjoint ou leur patron », se félicite Lucie Giovanetti, des Missives.

Christine Chalier

* Chiffres de l’Insee. Céline Bessière et Sybille Gollac, Le Genre du capital, éd. La Découverte, 2020.


3 questions à Titiou Lecoq, autrice de Le Couple et l’argent

Comment votre livre Le Couple et l’argent est-il né ?

Grâce à mon podcast Rends l’argent, je me suis rendu compte qu’on n’en parlait jamais, ni au sein du couple, ni entre amis. Le livre montre comment les inégalités financières se construisent de l’enfance à la retraite, en repolitisant le propos. Plus qu’individuelle, la réponse doit être collective.

Pourquoi les hommes sont-ils plus riches que les femmes ? 

L’historienne Michelle Perrot l’a très bien expliqué. Le féminin s’est construit sur l’idée du don et de la gratuité en opposition à la puissance, associée au masculin. C’est un ensemble de mécanismes qui creuse les inégalités : le système fiscal, l’absence d’éducation financière, le fait d’élever les filles de façon qu’elles ne soient pas à l’aise avec l’argent.

Quelles solutions pour obtenir l’égalité ? 

Il faudrait déconjugaliser les impôts et les prestations sociales ; exiger la transparence des salaires ; et introduire l’éducation financière, et même ménagère, au collège, comme une vraie matière.

C.C.

Titiou Lecoq, Le Couple et l’argent,

éditions de L’Iconoclaste, 2022.