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Entretien. « Saint-Pierre - Saint-Paul ressemble désormais à ce qu’elle était à la fin du Moyen Âge »
Rencontre avec Thomas Gaudig, de l’agence 1090 Architectes, spécialisée dans le patrimoine, qui a assuré la maîtrise d’oeuvre de la restauration de Saint-Pierr Saint-Paul.
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Thomas Gaudig, architecte : « Que l’on soit croyant ou non, l’architecture de l’église doit nous transporter. »
© Meyer
Quels étaient les enjeux de cette restauration ?
L’objectif était de redonner une certaine unité et une certaine harmonie à l’édifice, tout en réparant les désordres architecturaux qui menaçaient sa stabilité. En un sens, nous sommes venus parachever les restaurations précédentes, en essayant de faire revivre l’esprit architectural des origines. Je pense que telle qu’elle est aujourd’hui, l’église Saint-Pierre-Saint- Paul ressemble beaucoup à ce qu’elle était à la fin du Moyen Âge.
À quoi cela peut-il se voir ?
À la couleur de la pierre, notamment. Nous avons procédé à un nettoyage complet de tous les murs, extérieurs et intérieurs. À l’extérieur, nous avons fait tomber les joints en ciment, réalisés lors d’une ancienne restauration, et nous les avons remplacés par des joints traditionnels, à la chaux. Les maçons ont également changé près de 15 mètres cubes de pierres abîmées. Nous avons utilisé des pierres de Saint-Leu et de Saint-Maximin, typiques du bassin parisien. Nous avons également refait les enduits sur les murs qui avaient été à l’époque construits en moellons, sans doute pour des raisons économiques. C’est le cas par exemple d’une grande partie de la nef. Sur les voûtes, nous avons gommé l’ancien décor de faux joints censé imiter la pierre, et nous avons appliqué un enduit clair, qui s’accorde désormais avec les pierres de taille du choeur. Pour la réfection des toitures, nous avons également privilégié des matériaux « locaux », à savoir la tuile plate parisienne, qui est un peu plus large que la bourguignonne.
À quelles difficultés avez-vous été confronté ?
Cinq ans de restauration, c’est une vraie aventure, humaine et technique. Au départ, nous avons proposé à tous les partenaires du chantier un plan pluriannuel, composé de quatre tranches, étalées sur quatre ans, destiné à lisser les financements. Car, si la Ville est maître d’ouvrage, en tant que propriétaire des lieux, une telle restauration ne serait pas possible sans subvention, de la part de l’État notamment, via la Direction régionale des affaires culturelles. Et les délais ont quasiment été tenus ! Ce plan, fondé sur un bilan sanitaire complet de l’édifice, fixait les priorités et les urgences. Parmi ces dernières, la partie orientale de l’église, la plus ancienne, montrait de nombreuses fissures. C’est un problème structurel ancien, attesté dans de nombreuses études. Le chœur avait bénéficié dans les années 2000 d’une restauration qui n’avait, hélas, pas suffi. Nous l’avons complétée en rénovant totalement l’espace derrière la sacristie. Ces travaux nous ont permis, notamment, d’ajouter aux pieux existants des dizaines de micropieux pour soutenir les murs. Cependant, au cours du chantier, nos plans ont parfois évolué, en discutant avec les services de la Ville, l’association Sauvegardons Saint-Pierre Saint-Paul ainsi que la paroisse. Par exemple, nous n’avons pas touché à la toiture du clocher, qui nous a paru dans un état acceptable. Et nous avons en revanche restauré le retable de la chapelle Saint-Joseph, ce qui initialement n’était pas prévu.
Y a-t-il des choses en suspens ?
Je dirais que ce chantier a permis de restaurer de 80 à 90% de l’édifice. Nous n’avons pas touché au sol, qui pourra être aisément refait par la suite. Nous n’avons pas non plus restauré les vitraux, nous avons seulement paré à l’urgence. Nous n’avions pas pu les intégrer à notre bilan sanitaire, car nous ne pouvions pas les approcher. Les échafaudages de cette restauration nous ont permis d’en réaliser une étude précise. En vue d’une future restauration… En attendant, que l’on soit croyant ou pas, Saint-Pierre- Saint-Paul donne désormais à voir un univers harmonieux, qui nous transporte.
Des siècles d’histoire à Montreuil
Propriété de la ville depuis 1905 (en vertu de la loi relative à la séparation des Églises et de l’État), l’église Saint-Pierre Saint-Paul est classée Monument historique depuis 1913. L’édifice a été bâti à partir du XIIe siècle, sans doute à l’emplacement d’une église romane, comme en attestent des textes du VIIIe siècle. Ce joyau de Montreuil est souvent qualifié de « Petite Notre-Dame de Paris ». Son architecture gothique s’inspire en effet du style de la cathédrale, avec son chœur à voûtes sexpartites et ses tribunes voûtées. L’église doit aussi sa réputation aux rois de France, qui la fréquentent en voisins depuis leur château de Vincennes. Saint Louis (Louis IX) y vient régulièrement à la messe, en compagnie de sa mère Blanche de Castille. Charles V, dit « le Sage », y est baptisé en 1337.
Entre le XIVe siècle et le XVIIe, l’édifice fait l’objet de plusieurs constructions et reconstructions : façade et clocher (XIVe siècle), nef (XVe), chapelles de la Sainte- Vierge (XVIe) et de Saint-Joseph (XVIIe). En plus de ses deux cloches, datant de 1603 et 1623, également classées Monuments historiques (depuis 2001), l’église renferme de nombreuses œuvres remarquables (retables, sculptures, etc.), ainsi qu’un orgue monumental. Les associations Sauvegardons Saint-Pierre Saint-Paul et Les Musicales de Montreuil y organisent régulièrement des événements culturels (visites guidées, concerts), afin que tous les Montreuillois puissent profiter de ce patrimoine exceptionnel.
Laïcité : la nécessaire égalité de traitement
Dans le cadre fixé par la loi de 1905 de séparation des Églises et de l’État, Montreuil applique une égalité de traitement entre les communautés religieuses. Les communes sont propriétaires des édifices cultuels construits avant cette date. Elles les entretiennent au titre du patrimoine public.
À Montreuil, cela concerne deux églises. Les lieux de culte édifiés après 1905 relèvent en principe d’associations cultuelles. Les collectivités peuvent intervenir, dans un cadre légal précis, notamment par la mise à disposition ou la cession de terrains.
Ainsi, en 2023, un bail emphytéotique a été voté par le conseil municipal en faveur de la Fédération musulmane du Bas-Montreuil pour la construction d’une mosquée au 172, boulevard de Chanzy, en remplacement de la salle de prière des Sorins. Dans le haut Montreuil, un terrain jouxtant la Grande Mosquée a été préempté puis cédé à prix égal à la Fédération cultuelle des associations musulmanes de Montreuil pour permettre la réalisation d’un parking et d’un bâtiment à vocation sociale.