Footeuse. Après la Can, Wissem Bouzid rêve de jouer la coupe du monde 2027
Formée au PSG, cette footballeuse professionnelle montreuilloise vient de s’engager au Lille Olympique Sporting Club (LOSC), en 2e division. Avec la sélection nationale d’Algérie, elle a terminé à la troisième place de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) et devrait disputer la Coupe du monde en 2027. Pour Le Montreuillois, elle revient avec sincérité sur son parcours, sur la réalité économique du football au féminin et sur sa nouvelle vie.
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Wissem Bouzid pose avec le maillot de son club : le LOSC, où elle porte le numéro 93 (devinez pourquoi !).
© Juliette De Sierra
Les jambes sont lourdes, certains muscles encore douloureux, mais la satisfaction est totale. La veille de ce portrait, Wissem Bouzid et ses coéquipières du LOSC ont battu l’AJ Auxerre (3-2), lors de la première journée de Seconde Ligue (2e division nationale). Une entrée en matière idéale pour cette Montreuilloise qui évolue à tous les postes du milieu de terrain et qui avait posé ses valises dans le Nord quinze jours seulement avant le coup d’envoi du championnat.
« Je manque de rythme, et les automatismes avec mes partenaires sont perfectibles en raison d’une préparation tronquée », se justifie la joueuse de 23 ans. Car cet été, quand d’autres étaient en vacances, les doigts de pied en éventail, Wissem était au Maroc pour y disputer sa deuxième Coupe d’Afrique des nations d’affilée avec l’Algérie. « En 2024, on avait réussi à sortir de la phase de groupe pour atteindre les quarts, un exploit inédit. Cette année, on termine à la troisième place : le football féminin algérien vit ses plus belles heures », note-t-elle. Et d’ajouter, au passage : « Les haters, qui, sur les réseaux, passaient leur temps à nous dénigrer et disaient que notre place était à la maison et non sur un terrain de foot sont beaucoup plus discrets. Désormais, on a droit à plein de messages d’encouragement. » Un bonheur n’arrivant jamais seul, leur excellent parcours à la CAN a permis aux « Vertes » de valider, pour la première fois de leur histoire, leur billet pour la Coupe du monde 2027 au Brésil.
Du PFC au PSG
L’année 2026 a tout du conte de fées, mais la jeune femme n’a pas toujours eu la partie facile. S’il n’avait tenu qu’à elle, elle aurait commencé à jouer au foot juste après avoir appris à marcher, comme Mbappé. « Ma mère a longtemps été réticente, car elle considérait que c’était un sport de garçons, raconte celle qui a grandi dans un appartement de la rue Alexis-Lepère. Pour elle, j’ai commencé par pratiquer le tennis, où j’utilisais plus mes pieds que ma raquette pour frapper dans la balle. La situation s’est débloquée le jour de mes huit ans, quand une tante m’a demandé ce que je voulais comme cadeau. Je lui ai répondu : “Une licence dans un club de foot.” » Wissem fait ses premiers dribbles à l’OFC Couronnes (Paris 20e) et rejoint au bout d’un an le Paris FC, le grand club de l’Est parisien. « Durant toute cette période, qui a duré cinq ans, j’étais la seule fille. Et c’était pareil quand j’allais au city stade. Au début, ma présence dérangeait, mais comme j’ai prouvé sur le terrain que j’étais aussi forte qu’eux, les garçons m’ont fichu la paix », affirme-t-elle. Au collège Marais-de-Villiers (La Noue), elle régale balle au pied dans la cour de récré. Ses exploits techniques tapent dans l’œil d’un surveillant qui a des contacts au PSG. Wissem part faire un essai. Puis un deuxième, tout aussi concluant, qui la conduit jusqu’au centre de formation. Où elle s’illustre rapidement.
À Miami contre Manchester City
À 15 ans, elle est convoquée par le staff de l’équipe pro pour la tournée d’été aux États-Unis. « J’étais sur le point de partir en vacances dans un camping à Fréjus avec ma famille, et je me retrouve quelques jours plus tard à disputer un match amical contre Manchester City à Miami avec des joueuses incroyables. C’était surréaliste », se souvient-elle. À son retour au centre, Wissem découvre un nouvel entraîneur et une concurrence renforcée. Elle joue moins mais s’accroche. « J’aurais pu aller voir ailleurs, mais quitter un club comme le PSG, où on est choyé et où tout s’obtient par un simple claquement de doigts, c’est très compliqué », souligne-t-elle. Un premier confinement, puis un deuxième auront raison d’elle.
En 2021, retour à Montreuil
Elle quitte le club de la capitale en 2021 et retourne à Montreuil. Sans le sou en poche, ni perspectives. Le doyen des clubs de football français Le Havre (D2) manifeste son intérêt, mais Wissem voit plus grand. Et pourquoi pas Guingamp (qui évolue alors en D1) ? « Le projet s’annonçait alléchant, mais le club ne voulait pas me payer… » Alors ce sera Orléans (D2), deux ans, puis Le Mans (D2), deux ans également, et Thonon-Évian (D2), où elle a réalisé l’an passé une saison de haut vol avec dix buts en vingt matchs… Ce qui lui a valu d’être élue meilleure joueuse du mois d’octobre de Seconde Ligue. « Je ne sais pas de quoi la suite sera faite. Dans le football professionnel féminin, les contrats, à moins d’être une star, excèdent rarement un an. Aujourd’hui, je suis à Lille, demain, je ne sais pas. Mais je suis épanouie et j’ai très faim : cette saison, je vise la barre des 15 buts et passes décisives. » Wissem, ou la force tranquille.
Grégoire Remund