Culture
La nouvelle saison des théâtres de Montreuil
La rentrée se joue aussi sur les planches. Tour d’horizon de la programmation du TPM, des théâtres municipaux Berthelot, Les Roches et La Noue, et des deux indépendants La Girandole et Thénardier.
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Dans Pouvoir, une marionnette se révolte contre son manipulateur.
© Céline Chariot
Berthelot— Jean-Guerrin et les Roches. De la joie et du sens dans les salles municipales
Festive, engagée, féministe. La saison 2026-2027 des théâtres municipaux accueillera les Montreuillois sous des bannières joyeuses et fédératrices.Tentative de synthèse d’une programmation qui compte 75 spectacles différents et 130 levers de rideau !
Faire la fête. L’ouverture de saison, les 25 et 26 septembre, sera doublement festive, étant donné qu’à l’Ultrabal du Théâtre municipal Berthelot – Jean-Guerrin, le vendredi, succédera une Hit Hip-Hop Classic Parade, le samedi, aux Roches. « Plusieurs bals ponctueront la saison. La fête est un beau moyen de résister ensemble », plaide la directrice des théâtres municipaux Stéphanie Bourson, qui a cosigné, avec ses collaborateurs Patrice Caillet et Fabienne Delnovo, une programmation chaleureuse et rassembleuse. Dans cette veine joyeuse, citons un Halloween surprenant et gourmand, une incroyable Cavalcade en Cocazie, un cabaret clown foutraque, un Cyrano hip-hop survitaminé, une journée cirque détonnante…
Ainsi qu’une dizaine de concerts très alléchants, programmés dans le cadre de partenariats prestigieux avec les festivals Villes des musiques du monde, Africolor, Rares Talents et Banlieue bleues.
Penser le monde. Le totalitarisme avec La Ferme des animaux ; la démocratie avec Pouvoir ; la mégalomanie avec La Thérapie d’Emmanuel Macron ; le fascisme avec Giornata, de la compagnie montreuilloise Barbès 35…
Plusieurs spectacles interrogent l’organisation politique. Et deux autres reviendront sur la Seconde Guerre mondiale : Secret des ombres, sur la Résistance française, et Insomniaques, qui porte sur un massacre de tirailleurs sénégalais en 1940.
Inclure les minorités. Être le reflet du monde tel qu’il est jusque dans ses marges invisibilisées. Berthelot fera entendre la voix de jeunes aux handicaps imperceptibles dans Personne n’est ensemble sauf moi ; celle d’aidants d’un malade d’Alzheimer dans le bouleversant Voyage d’hiver du Montreuillois Benoît Giros ; celle de personnes âgées dans Claudette ou Échappée vieille. Et, dans le registre du théâtre de gestes, le spectacle montreuillois Deux rien met en scène deux marginaux magnifiques.
Soutenir les femmes. Au moins cinq spectacles questionnent la condition des femmes : Édith et moi, sur les violences conjugales ; Douze, sur un féminicide ; L la nuit, qui se penche sur la place des femmes dans l’espace public ; Les filles ne sont pas des poupées de chiffon, qui dénonce l’injonction aux traditions ; Derrière le hublot se cache parfois du linge, qui s’intéresse au partage des tâches ménagères.
Quant au seule en scène, puissant, de la Montreuilloise Fahartadji Ahmed-Ibrahim, Changer #1. Le désir, il dit la difficile émancipation d’une femme noire. Berthelot et Les Roches sont en phase avec l’époque.
Maguelone Bonnaud
Savoir plus : programme de Berthelot et des Roches accessible sur montreuil.fr et dans la brochure Théâtres municipaux de Montreuil, disponible dans les espaces municipaux.
La Noue. Clown, stand-up et caméra
Le petit théâtre municipal de La Noue, géré par la compagnie Les Ouvriers de joie, suit sa ligne artistique de théâtre familial d’image et de gestes. Anna Cottis, sa directrice, présentera la saison le 25 septembre lors d’une soirée où le repas sera offert (sur inscription). Les trois prochains spectacles s’adressent aux enfants, et même aux tout-petits : du 6 au 10 octobre, Le Bain de Barbadiva entraîne les moins de 5 ans dans un univers de bulles et de chants. Puis, mi-novembre, Anna Cottis et Pépé Silva, de retour de leur tournée en Chine (si, si !), raviront les familles avec Trop fort !, leur duo de clowns qui a conquis Avignon cet été. En décembre, les 2-6 ans adoreront Le Noël de Falabulle, avec Tania Wyss, qui chante si bien.
Toute l’année, l’équipe de La Noue dispense des cours de théâtre pour différents groupes d’âges à partir de 6 ans, de stand-up et de percussions pour ados et adultes, de commedia dell’arte. Et le pôle média, qui emménage désormais dans le théâtre, proposera non seulement un stage « Fais ton film », à la Toussaint et à Pâques, mais aussi des ateliers (filmer avec son téléphone, jouer devant la caméra…), un ciné-club, des rencontres avec des professionnels…
M.B.
SAVOIR PLUS : présentation de saison, le 25 septembre à partir de 18 h 15, réservations dîner à resa.theatre.noue@gmail.com ou au 06 17 79 61 91 ; tarifs de 4 à 10 €.
La Girandole. Fête foraine et banquet festif
La Girandole et son équipe vous attendent encore deux week-ends dans son jardin des Murs à pêches. Florilège de spectacles et concerts, les 19 et 20 septembre dans le cadre des Journée du matrimoine avec, notamment, un bal swing, un concert salsa et une ode aux femmes iraniennes par le collectif Lilalune. Puis, le 27, « fête foraine » de soutien à La Girandole avec, entre autres, Johnny Montreuil et Stéphane Deraddi.
Le théâtre en dur de Croix-de-Chavaux rouvrira, lui, les 8 et 9 octobre, sur deux soirées gourmandes de présentation de saison (La Cena). Les compagnies associées y donneront un aperçu des spectacles qu’elles joueront en novembre : Eau Id-A, Sync Sync Sync, le Grillon électrique, ainsi que Félicie et Luciano avec leur joyeuse dernière création contre le fascisme, Minestrone.
M.B.
Savoir plus : les 19, 20 et 27 septembre, 65, rue Pierre de Montreuil. L’Hiver chaleureux, du 8 octobre au 29 novembre, 4, rue Édouard-Vaillant. girandole.fr
Thénardier. Bals, chanson et marmots
Déjà connu à Montreuil pour le bal mensuel (du Limonaire), le Théâtre Thénardier ajoute un rendez-vous dansant, dédié au tango, un jeudi par mois (la « Milonga idéale »). Mais, surtout, ce petit temple de la chanson géré par des artistes programme des concerts et des spectacles familiaux de belle facture. Cette saison, des pointures de la chanson sont ainsi attendues, dont Éric Lareine, Imbert Imbert ou Nicolas Jules (en formation exceptionnelle).
Loïc Lantoine et Marc Nammour reviendront avec leurs Portraits crachés. Deux maestros de la scène du rire (parfois jaune) sont programmés : la clown tragicomique Véronique Tuaillon (More aura) et l’humoriste Monsieur Fraize… Et d’ici là, dans le cadre du festival Marmoe, on découvrira trois spectacles pour enfants, choisis avec amour.
M.B.
Savoir plus : le 24 septembre, Milonga idéale (8 et 10 €), le 26, bal du Limonaire (chapeau), 19, rue Girard ; résa. : theatrethenardier@gmail.com ; infos sur theatre-thenardier.com
Entretien avec Pauline Bayle « La violence mène à la violence »
Le Mahabharata est à l’Inde ce que l’Illiade et l’Odyssée sont à l’Europe. La directrice du Théâtre public de Montreuil ouvrira la saison le 29 septembre avec son adaptation de la célèbre épopée indienne au casting 100 % féminin. Rencontre.
Pourquoi avez-vous choisi d’adapter le Mahabharata ?
En 2022, j’ai subi une expérience intime de la violence qui m’a conduite à réfléchir sur la façon d’y répondre. Fallait-il que je me détache ou que je me venge ? J’ai recouru aux mythes pour mettre en perspective ces interrogations. Dans le même temps, le déferlement de violence qui s’est abattu sur le monde m’a interrogée sur la place de l’imaginaire dans le chaos. Ces deux questions m’ont conduite au Mahabharata, car le sujet du passage à l’acte y est central, de même que celle de la pertinence de la poésie dans un monde déréglé.
Qu’est-ce qui vous a intéressée dans ce mythe ?
Le cheminement des héros jusqu’à l’affrontement. Ils sont en prise avec le choix d’agir ou pas et ne se résolvent à la guerre que quand toutes les alternatives ont échoué. Ce qui les rend exceptionnels, c’est qu’ils prennent des décisions radicales avec une conscience aiguë des conséquences de leurs actes pour eux-mêmes et pour l’univers. Un sens des responsabilités qui manque à notre époque…
Pourquoi ce sous-titre « une histoire de la violence » ?
D’abord, je voulais rendre clair le fait que cette adaptation est un point de vue subjectif, sans aucune appropriation culturelle. Ensuite, parce que le cycle de la violence est au cœur de ce mythe qui montre, sans manichéisme ni jugement, que si tu en es victime, tu es presque condamné à y recourir…
Pourquoi avoir choisi une distribution 100 % féminine ?
La violence des femmes est un impensé de nos imaginaires. L’histoire a gommé celles qui ont choisi de prendre les armes, ou bien les a réduites à des folles ou des amoureuses passionnées. Je voulais que le choix actif, rationnel, du recours à la force soit porté par des corps de femmes.
Quels seront les autres temps forts de cette saison ?
Tout sera fort. Mais pour en citer deux, parlons du week-end festif familial Tout pour les Marmoe(s), autour du génial spectacle jeune public Olalaland. Et du prochain Quartier d’artiste, avec Salim Djaferi, centré sur les questions de colonisation et de ségrégation.
Essayez-vous de toucher les publics éloignés de la culture ?
Notre dispositif TPMob (théâtre public mobilité), avec son triporteur et son kit scénique mobile, permet de jouer dans des quartiers excentrés, de rencontrer des publics qui ne viendraient pas ici. Cette saison, nous donnerons trois spectacles à la Boissière, Le Morillon, le Bel-Air, Paul-Signac… Et nous lançons un vélo-bar pour favoriser les échanges.
La greffe a-t-elle pris à Montreuil ?
Notre programmation fait écho à la vie publique engagée, tellement riche, de cette ville. Nous faisons partie des lieux que fréquentent les Montreuillois autour de valeurs communes.
Vous avez déjà effectué un premier mandat à la tête du TPM. De quoi êtes-vous la plus fière ?
Des salles pleines, du travail effectué sur l’hospitalité, avec l’ouverture de nos espaces aux associations et compagnies du 93, de l’ouverture du hall aux Montreuillois, des fêtes… Labo T93, le projet lancé l’an dernier pour que des jeunes du 93 découvrent les métiers du spectacle vivant (production, scénographie, lumière, costumes…) dans nos théâtres publics et qu’il y ait plus de diversité dans ces métiers, me réjouit particulièrement.
M.B.
Savoir plus : Mahabharata, une histoire de la violence, du 29 septembre au 24 octobre, theatrepublicmontreuil.com