Culture

Le matrimoine sort de l'ombre

Publié le 17 septembre 2026 | N°226

La 6e édition des Journées du matrimoine à Montreuil aura lieu du 11 au 27 septembre. Expositions, spectacles, concerts, films et rencontres au programme.

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Émilienne d’Alençon, sur une courtisane, poétesse et comédienne bisexuelle.

© Elina Mathias

Les 19 et 20 septembre, partout en France, les Journées européennes du patrimoine feront sortir de leurs réserves monuments et trésors du passé. À Montreuil, depuis 2021, l’événement se conjugue aussi au féminin. Le patrimoine s’est doublé d’un matrimoine, avec l’ambition de remettre en lumière celles que l’histoire culturelle a trop souvent laissées dans l’ombre. Et la ville ne s’en tient pas au traditionnel week-end de septembre : elle en a fait un véritable temps fort de sa saison culturelle.

Des spectacles. Une version 100 % féminine de l’épopée indienne du Mahabharata : la nouvelle création de la directrice du Théâtre public de Montreuil, Pauline Bayle, qui ouvrira la saison du TPM le 29 septembre, figure en majesté dans le programme du matrimoine. Et les théâtres municipaux, Les Roches comme Berthelot, ont prévu d’autres pépites comme Certaines n’avaient jamais vu la mer, une adaptation du best-seller de Julie Otsuka (le 12 septembre), Émilienne d’Alençon, sur cette comédienne et poétesse de la Belle Époque (qui court de la fin du xixe siècle jusqu’à la Première Guerre mondiale), ou Sous le soleil des autrices (le 22), sur les créatrices invisibilisées au siècle des Lumières (1715-1815).

Des concerts. Le Café La Pêche a programmé deux soirées : le 18 avec des artistes montreuilloises en résidence, Sophia Lucia, Dinamita et Choffo Blazter ; et le 25, avec « Corps diplomatiq », collaboration entre la musicienne Élodie Milo et des rappeuses de Kinshasa (RD Congo) sur le thème des violences faites aux femmes.

Des rencontres. L’historienne Delphine Peresan-Roudil parlera de l’effacement des femmes de l’histoire de l’art (le 16), les sociologues Céline Bessière et Sibylle Gollac (le 17), comme l’essayiste montreuilloise Titiou Lecoq le 24) se pencheront sur les inégalités économiques de genre. La philosophe Camille Froidevaux-Metterie présentera (le 24) son ouvrage Le Corps des femmes, qui aura fait l’objet d’un arpentage le 19 à Desnos. Le 24, une conférence sera consacrée aux musiciennes des anciennes colonies. Et le 26, l’autrice montreuilloise Léonore Chaix sera avec sa mère romancière – et soeur de la chanteuse Anne Sylvestre – Marie Chaix pour un dialogue sur la transmission et la création.

Et aussi. Participeront à ces Journées la Maison des femmes (du 9 au 18 septembre, de 17 h à 19 h, au croisement du tramway T1 et du boulevard Aristide- Briand pour anticiper le « boulevard des femmes »), la Fédération des Murs à pêches (dans la Prairie les 19 et 20), l’association Au milieu et le département (aux Guilands, Cour carrée, les 19 et 20), Le Méliès (projection du documentaire Pologne, les femmes, le pape et le parti de la Montreuilloise Ada Grudzinski, le 19), le musée de l’Histoire vivante (conférence et spectacle le 19). Presque tout est gratuit.

Maguelone Bonnaud 

Savoir plus

Les Journées du matrimoine, du 11 au 27 septembre, programme sur montreuil.fr et dans les lieux culturels et sites municipaux.

La parole à Alexie Lorca : « Réparer une injustice majeure »

Adjointe au maire déléguée à la culture

« En 2021, nous avons été la première collectivité à porter des journées du matrimoine, organisées ailleurs par des associations. Notre objectif est de réparer une injustice majeure en remettant les femmes créatrices, militantes, scientifiques, invisibilisées pendant des siècles, à leur juste place dans l’espace public, dans l’histoire des arts et des idées. Le matrimoine de Montreuil a une double temporalité. Il est tourné vers le passé puisqu’il exhume des femmes de l’oubli, comme le fait, dans le domaine du théâtre, Aurore Évain, qui est à l’origine de l’événement.

Mais il valorise également des femmes d’aujourd’hui, engagées, combatives, inventives, pour préparer le matrimoine de demain. Un matrimoine pluriculturel qui reflète la richesse de notre ville. Nous essayons d’associer des femmes non professionnelles, à travers le travail d’artistes comme la compagnie Lilalune, dans les quartiers. Dans les migrations, ce sont les femmes qui sont les vectrices de la transmission culturelle à travers des chansons, des danses, des recettes… Il faut aller les chercher. »

Où sont nos thunes ? Une expo géniale du Centre Tignous

Connaissez-vous la théorie des pots de yaourts inventée par l’autrice montreuilloise Titiou Lecoq ? Pendant que papa s’enrichit en investissant dans des biens durables (maison et voiture), maman voit son argent disparaître dans les supermarchés… C’est précisément le thème de la nouvelle exposition du Centre Tignous : le pouvoir économique des femmes et les inégalités de genre. Temps fort des Journées du matrimoine, Où sont nos thunes ?, imaginée par l’association féministe montreuilloise Les Missives, mêle des archives, comme celles de la lutte des ouvrières montreuilloises de l’usine Grandin en 1975, et des oeuvres d’art contemporaines. « On a passé commande à des artistes et imaginé des installations interactives », explique Aurélie Thuez, la directrice du Centre Tignous, qui assure le commissariat d’exposition avec Les Missives.

Un « mur de lingots » qui déconstruit les clichés, une tirelire géante pour rééquilibrer l’argent de poche entre garçons et filles, un jeu de construction en pots de yaourts… On pourra également froisser des pages sexistes du Code civil pour les envoyer dans un panier de basket, et notamment découvrir l’installation audiovisuelle Murs invisibles ou les murs visibles du patriarcat, du collectif Iakeri, qui expose des données officielles sur les inégalités entre les hommes et les femmes. « Des chiffres tellement flagrants qui attestent que ce déséquilibre est un système », souligne l’artiste Alice Guerlot-Kourouklis. À renverser. 

Maguelone Bonnaud

Savoir plus

Où sont nos thunes ?
Vernissage le 3 septembre (19h), jusqu’au 24 octobre, mercredi et jeudi, 14h-18h, vendredi, 14h-21h, samedi, 14h-19h
116, rue de Paris, entrée libre.