L’usine, ce n’était pas tout rose
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L’exploitation des carrières et la production de plâtre ont été des éléments moteurs de l’industrialisation de la ville.
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L’usine, ce n’était pas tout rose. « Les outils et les conditions de travail étaient lamentables, sur les chaînes de production, il n’y avait que des femmes, qui arrivaient péniblement à toucher un smic en faisant des heures supplémentaires », témoigne Évelyne, ancienne ouvrière de l’usine Grandin, qui a définitivement fermé en 1976, en laissant plus de 500 personnes sur le carreau. Comme Évelyne et ses camarades, des générations d’ouvriers ont sué sang et eau dans les grandes unités de production de Montreuil, spécialisées dans le bois, le métal ou encore la tannerie. Les habitants les appelaient « biribi », du nom des bagnes militaires d’Afrique du Nord. Sans parler des innombrables maladies professionnelles, à l’instar de l’anilisme, lié à l’emploi de teinture en peausserie, qui « entraînait la mort par accident respiratoire ». « Chez Bébés Jumeaux, les ouvrières qui réalisent les yeux des poupées perdent la vue au bout de quelques années de travail », notent avec une cruelle ironie les auteurs de l’ouvrage Usines en ville (voir ci-dessous). Horticole depuis les temps les plus reculés, Montreuil s’industrialise dès le début du xixe siècle, grâce à sa proximité avec Paris. La géographie de la ville, avec ses collines et l’absence de voie fluviale, lui épargne les industries lourdes très présentes ailleurs dans l’Est parisien. Cependant, aux petites unités de production artisanale succèdent rapidement, au cours du xxe, siècle des usines DR DR importantes, qui s’étalent sur les parcelles agricoles. Parmi ces dernières, certaines deviennent célèbres dans toute la France : les fourrures Chapal, la distillerie Pernod, la Société du jouet de Paris, les papiers peints Dumas, etc. Au début des années 1980, c’est la dégringolade. De nombreuses usines ferment et près de 10 000 personnes perdent leur travail, soit un tiers des salariés montreuillois. Ce qui demeure, ce sont les bâtiments, parfois, immenses, forcément convoités par les promoteurs immobiliers. Pour sauvegarder l’emploi et accompagner la transformation de la ville, la municipalité crée des CAP, locaux d’activités collectifs gérés par une société d’économie mixte, la Semimo. La même logique prévaut aujourd’hui, avec un souci plus prégnant de l’architecture des anciens sites industriels, à laquelle le temps a donné un cachet certain. « Nous ne sommes plus à une époque où l’on va tout raser pour construire des milliers de bureaux tout blanc, explique Gaylord Le Chequer, premier adjoint au maire délégué à la ville résiliente et à l’urbanisme. Ce que nous souhaitons, c’est préserver au maximum les anciens sites, en leur trouvant une nouvelle destination. L’objectif, c’est de construire une forme de ville complète, où l’on puisse travailler, vivre, sortir… Cela suppose d’accompagner les projets dans un urbanisme négocié afin de préserver ce patrimoine, de lutter contre la spéculation immobilière et d’accueillir de nouveaux emplois. » Les cinq exemples que nous avons choisis illustrent ce chemin sur lequel est engagé le Montreuil de demain.
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Deux ouvrages de référence :
Montreuil, patrimoine industriel, collection « Itinéraire du patrimoine », 48 pages, Usines en ville, collection du musée de l’Histoire vivante.
Accompagner les projets et lutter contre la spéculation immobilière
Règlement - Trois catégories de protection
C’est le Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi), appliqué à l’échelle du territoire d’Est Ensemble, qui fixe les règles de protection du patrimoine local. Le PLUi prévoit trois niveaux de protection, en fonction de l’histoire et de l’intérêt architectural des bâtiments : « exceptionnel », « remarquable » et « représentatif ». Les niveaux « exceptionnel » et « remarquable » interdisent la démolition des bâtiments et autorisent certaines modifications, sous conditions. Le niveau « représentatif » désigne un simple repérage, à travers lequel la municipalité encourage les propriétaires à conserver les éléments anciens des constructions. Dans sa dernière version, adoptée en 2024, le PLUi répertorie, à Montreuil, 132 sites industriels patrimoniaux. Enfin, deux sites sont protégés au titre des monuments historiques : les studios Albatros, ancien lieu de tournage des débuts du cinéma, rue du Sergent-Bobillot ; et les fours de la manufacture Samson, rue de la Révolution.
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