Maeva Musso : « On est tous concernés, tous acteurs, tous responsables et tous mobilisables »
La pédopsychiatre montreuilloise Maeva Musso préside l’Association des jeunes psychiatres et des jeunes addictologues. Elle dirige notamment la Maison de répit de l’hôpital de Saint-Maurice, un dispositif fondé sur l’approche Open dialogue. Elle travaille aujourd’hui à l’ouverture d’un lieu similaire à Montreuil.
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Comment définissez-vous la santé mentale ?
C’est l’ensemble des éléments qui vont permettre d’accéder à un état de bien-être et de réalisation de soi. Dans la plupart des cas, ces éléments sont les déterminants socio-économiques qui ont un poids majeur dans la survenue des troubles. Je travaille avec des jeunes, de 0 à 21 ans, placés par la protection de l’enfance. De manière générale, on met la loupe sur tout ce que représente l’adversité dans l’enfance.
Qu’est-ce que l’Open dialogue ?
La pratique en psychiatrie, ce n’est pas seulement une technique d’entretien, c’est surtout une manière aussi d’organiser les soins. Avec l’Open dialogue, quand un jeune arrive, il peut venir avec la personne qu’il souhaite : un compagnon, un frère, une soeur, un éducateur… Ainsi, il ne sera pas seul face au médecin ou aux soignants. Tout le monde peut s’exprimer, et nous partageons nos réflexions et nos décisions. Parce que le malade n’est pas malade tout seul, c’est une situation générale qui est problématique. Les parents, notamment, vivent une grande solitude et un sentiment d’impuissance.
Durant mes stages d’internat, j’ai constaté que la psychiatrie qui ne considérait pas les familles, les patients, les accompagnants, ça ne m’intéressait pas du tout. Des patients et des proches m’ont parlé de l’Open dialogue, je suis partie six mois en Finlande pour rencontrer les équipes qui ont mis en place ce système-là depuis trente ans, puis en Norvège, en Colombie, en Argentine. J’ai vu plein d’expériences.
Pourquoi une Maison de répit à Montreuil ?
On avait le souhait d’ouvrir un lieu à temps complet, pour des jeunes en crise. Sans mesure coercitive, ni isolement, ni contention, ni contraintes à la médication. La personne est accueillie d’un à cinq jours, pour faire en sorte qu’elle retourne vers les soins. L’originalité, c’est de constituer une première ligne de secours forte, parce qu’on constate que la deuxième est débordée, notamment aux urgences. Faire monter en compétences la première ligne, en formant des agents de la Ville, des personnes concernées et d’autres du milieu associatif, permet d’offrir une réponse directe.
Quelle est la responsabilité du politique ?
Ça ne peut pas être juste une question sanitaire. Parce que les déterminants majeurs à l’origine des troubles sont socio-économiques, donc indissociables d’une politique de justice sociale. Intervenir sur la santé mentale publique au niveau d’une ville, c’est se placer à la bonne distance en termes de territoire, de surface de population, de réseaux. Nous sommes tous concernés, tous acteurs, tous responsables et tous mobilisables, voici le message qui est envoyé.