Méthanisation. « Nous, on fait de la soupe pour les paysans »
Depuis 2023, à une quarantaine de kilomètres au sud-est de Montreuil, en Seine-et-Marne, l’usine Normal Soupe de la société Moulinot transforme le contenu des bornes de déchets alimentaires d’Est Ensemble en biogaz et en engrais naturels.
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Les camions de Moulinot déversent la collecte de nos déchets dans cette cuve.
© Nicolas Viera
L’histoire débute en 2007, lorsque le restaurateur Stephan Martinez décide de valoriser les déchets de ses établissements par le lombricompostage, en affirmant : « Ce qui vient de la terre doit retourner à la terre ». Quelques années plus tard, la législation impose aux collectivités de trier et valoriser ces ordures, Stephan Martinez crée alors, en 2013, la société Moulinot, exclusivement dédiée à cette activité.
« Nous travaillons en partenariat avec des paysans. Nous trions les déchets et nous en produisons une soupe pour les méthaniseurs qu’ils gèrent à leur compte », explique Christophe Serreau, responsable grands comptes de la société spécialiste du ramassage et du retraitement des biodéchets. Dans l’usine de « déconditionnement et d’hygiénisation », l’odeur de poubelles est envahissante, lourde et tenace. Les camions vident leur benne dans de vastes cuves où plastiques et cartonnages se mêlent aux déchets dans un magma gris-beige. Sur le côté, plusieurs dizaines de palettes de paquets de gâteaux intacts mais avariés attendent d’être détruits.
Le contenu malodorant des cuves est acheminé dans un conteneur où des marteaux déchiquettent les emballages, mais sans les broyer pour éviter l’émission de micro-plastiques. Puis le tout est versé dans « comme dans le tambour d’une énorme machine à laver, qui est percé d’une multitude de trous pour évacuer la soupe », nous détaille Christophe Serreau. Les débris d’emballages sont récupérés pour être incinérés. Tandis que la soupe est broyée puis chauffée à 70° C pendant une heure, pour éliminer les risques bactériologiques : c’est l’hygiénisation. Le liquide est enfin expédié aux méthaniseurs, des sortes de grands chapiteaux hermétiques.
« C’est comme l’estomac d’une vache, où les bactéries digèrent les matières organiques et produisent des bouses, l’engrais naturel, et des pets, le gaz », précise M. Serreau. Après deux mois et demi, la soupe s’est transformée. D’une part en biogaz, que les agriculteurs délivrent à GRDF, pour en faire du gaz de ville (chauffage et cuisson) ou du biocarburant. D’autre part en digestat, une boue noirâtre de résidus organiques, riche en azote, phosphore et potassium, les engrais naturels de base que les paysans épandent sur leurs cultures.
Une forme de cercle vertueux qui continue à monter en puissance. Au côté d’autres entreprises, Moulinot est engagée dans la construction de la plus grande usine de méthanisation de biodéchets en France, qui doit être mise en service en 2027, à Gennevilliers (92), pour traiter 50 000 tonnes de déchets alimentaires par an.