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Nicolas Tackian : « L’écriture du polar doit être à l’os »

Publié le 19 août 2026 | N°219

Son nom ne vous dit peut-être rien. Pourtant, le prolifique auteur montreuillois Nicolas Tackian est le créateur de LA série policière de France Télévisions, Alex Hugo, et vient de publier son 13e thriller, Le Hameau. Rencontre.

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Niko Takian, romancier et scénariste

© Juliette De Sierra

Le scénariste créateur de la série policière la plus regardée de France Télévisions* est aussi aujourd’hui un auteur populaire de thrillers. Nicolas (alias Niko) Tackian vient de publier chez Calmann-Lévy Le Hameau, un roman noir qui nous plonge dans les turpitudes d’une coterie de puissants. Nous avons rencontré l’auteur multicasquettes chez lui, rue Marceau, où il écrit avec une discipline de fer romans, scénarios, bandes dessinées et jeux de rôle.

D’où vient l’idée du Hameau ?

Elle m’est venue découvrant, lors d’une visite du château de Versailles, le hameau de la Reine, ce faux village normand que Marie-Antoinette avait fait construire pour jouer à la paysanne. J’ai imaginé l’épouse de Louis XVI en train de batifoler dans son parc d’attractions alors que le peuple français criait famine aux grilles du château… J’ai été frappé de voir que, hier comme aujourd’hui, les gens qui ont le pouvoir et l’argent peuvent continuer à danser au bord de l’abîme alors que le monde est train de s’effondrer. C’est ainsi qu’est née l’idée de cette secte de riches qui se croient tout permis…

Pendant vingt ans, vous avez écrit pour la bande dessinée et la télé. Comment êtes-vous devenu romancier ?

En commençant à travailler sur la série Alex Hugo avec Franck Thilliez [ndlr : auteur de polars à succès], en 2014. On se voyait pour discuter de la série et imaginer ce que nous pourrions proposer d’autre aux chaînes. J’arrivais toujours avec 50 idées, jusqu’à ce qu’un jour Franck me dise : « Tu ferais mieux d’écrire des livres, parce que tu n’arriveras jamais à vendre tout ça. » J’avais peur que la littérature m’empêche de faire autre chose… « Tu t’assois une heure tous les jours et tu écris au moins 5 000 caractères, m’a-t-il conseillé. Puis tu arrêtes et tu reprends le lendemain. » J’ai suivi sa recette et écrit mon premier polar, Quelque part avant l’enfer, en travaillant chaque jour entre 7h et 8h 0 du matin. Au bout de six mois, j’avais un roman, au bout de douze un prix au Festival Polar de Cognac… Depuis, j’en écris un par an.

Vous tenez ce rythme quotidien ?

Depuis treize ans, week-ends et vacances compris, j’écris chaque matin pendant une heure trente à deux heures. J’enchaîne par exemple avec une heure et demie de BD – en ce moment, je scénarise six albums en même temps –, puis avec des projets pour la télé ou des jeux de rôle. J’écris aussi pour le cinéma, avec ma femme [ndlr : Sarah Kaminsky, lauréate du César du meilleur scénario en février pour Un Ours dans le Jura]. Je dois être discipliné si je veux tout faire.

Il y a une technique du thriller ?

Comme dans le jeu de rôle, tu t’amuses avec le lecteur, tu lui fais croire à des fausses pistes, tu lui retournes l’esprit. Au contraire de la littérature classique, il faut être capable de faire naître des images dans la tête des gens avec une économie de mots. Si tu commences à te perdre dans des descriptions, tu perds en efficacité, et si tu perds en efficacité, tu perds en tension. L’écriture du polar doit être à l’os.

Comment avez-vous rencontré Franck Thilliez ?

Il y a une vingtaine d’années, j’avais écrit un projet pour un producteur, qui l’avait fait lire à Franck, alors déjà un auteur de thrillers reconnu. Il m’a appelé pour me dire : « J’ai lu ton scénario, c’est vraiment très bien, j’ai juste changé quelques trucs. » On s’est rencontrés, le projet ne s’est finalement pas fait, puis on s’est perdus de vue. Mais je m’étais dit que le mec était très sympa.

C’est le projet de série Alex Hugo qui vous a rapprochés ?

Oui, quelques années plus tard, en 2014, une productrice m’a demandé d’adapter La Mort et la belle vie, de l’Américain Richard Hugo. Il a rapidement été question d’en faire une série, et là j’ai dit : « Si on fait une série, je ne l’écris pas tout seul, c’est trop de travail. » J’ai donc appelé Franck pour lui proposer de bosser avec moi, et nous avons transformé ensemble cet unitaire en série. Nous avons écrit à deux la plupart des épisodes suivants, jusqu’à ce que nous passions la main en 2024. Mais nous continuons de travailler ensemble : nous avons par exemple publié en décembre une BD polar d’horreur, Le Village (Delcourt).

Vous avez quitté Vincennes pour Montreuil il y a quatre ans. Vous plaisez-vous ici ?

Quand nous sommes arrivés à Montreuil, avec Sarah, ce fut d’emblée comme une évidence. Déjà, on croisait des gens qui nous ressemblaient, culturellement bien sûr mais aussi physiquement, parce que notre famille recomposée a des origines multiples : touarègue, argentine, arménienne, espagnole… La diversité visuelle, dans un monde qui la gomme très souvent, fait du bien.

Et le père de votre femme, Adolfo Kaminsky, était très connu à Montreuil…

Oui parce que, en plus d’être un faussaire [ndlr : il fabriqua de faux papiers pour les résistants et les juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, puis pour les Palestiniens], Adolfo était photographe. Il avait un atelier à Montreuil après-guerre, où il a formé plein de gens. Quand nous sommes arrivés, plusieurs de ses anciens élèves sont venus nous voir et, en un mois, nous faisions partie de la famille. Et puis, comme je travaille chez moi, je suis souvent dans le quartier et je prends le temps de discuter avec les commerçants. On finit vite par connaître beaucoup de monde à Montreuil. En tout cas, partout où je me déplace en France, dans des festivals de littérature ou de télévision, je suis fier de dire que j’habite à Montreuil. Propos recueillis par Maguelone Bonnaud

* L’épisode d’Alex Hugo diffusé le 17 mars a encore rassemblé plus 5 millions de téléspectateurs. Le Hameau, de Niko Tackian, éditions Calmann-Lévy, 20,50 €.