Histoire

Patrimoine. Sur les traces de Claude Le Goas, bâtisseur inspiré

Publié le 17 septembre 2026 | N°227

Les Journées du patrimoine, les 19 et 20 septembre, offrent l’occasion de (re)découvrir les bâtiments emblématiques conçus par l’architecte urbaniste Claude Le Goas : conservatoire de musique et de danse, siège de la CGT, usine verticale Mozinor… Qui était ce bâtisseur inspiré, communiste convaincu, décédé en 2007 ? Pour l’évoquer, Le Montreuillois a rencontré Huguette, 95 ans, qui fut son épouse et sa plus fidèle collaboratrice tout au long de sa vie.

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Le conservatoire de musique et de danse Pina-Bausch.

© Juliette De Sierra

Rendez-vous est donné place des Vosges, à deux pas de la maison de Victor Hugo. C’est ici, dans ce très huppé quartier de Paris, qu’Huguette et Claude Le Goas ont fait leur vie, en famille, avec leurs enfants, Françoise et Michel. « Oh, mais quand nous avons acheté, en 1958, c’était vétuste, et le quartier était très populaire. La rue Saint-Antoine fourmillait de vendeurs de quatre saisons », assure Mme Le Goas, presque pour s’excuser. « Appelez-moi Huguette », ajoute la nonagénaire en traversant le petit appartement, sombre et biscornu, bourré d’objets et de mobilier des années 1970.

En s’installant près du métro Saint-Paul, Huguette et Claude ne se sont guère éloignés du quartier de leur enfance. « Moi, j’ai grandi rue du Jour, je voyais l’église Saint-Eustache depuis mes fenêtres ; Claude a grandi en face des halles de Paris », raconte Huguette. On ne peut s’empêcher de penser que le Paris populaire de son enfance a inspiré Claude dans les projets architecturaux qu’il a menés plus tard en banlieue, où s’imbriquent logements, commerces et activités artisanales.

Huguette nous reçoit dans son bureau. Une toute petite pièce, basse de plafond, agrémentée d’un balconnet verdoyant. Aux murs, des affiches de Montreuil et de nombreuses étagères, où Huguette conserve, avec une minutie extraordinaire, les plus précieuses archives de son mari, décédé dans son sommeil, dans la nuit du 19 au 20 décembre 2007, à l’âge de 79 ans. « Claude était un infatigable travailleur, il avait un rendez-vous le lendemain matin qu’il voulait absolument honorer », souffle Huguette, avec un sourire triste.

L’université « nouvelle »

C’est en 1949 que se croisent les routes de Claude et Huguette, tous deux enfants d’ouvriers militants communistes (le père de Claude, Maurice, ébéniste de formation puis marchand aux halles de Paris, a été notamment l’un des fondateurs-animateurs de l’université « nouvelle », qui a succédé à l’université « ouvrière » après-guerre). « J’ai commencé à travailler à 16 ans, se rappelle Huguette. J’étais sténodactylo à la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique. Nous nous sommes connus dans le train qui nous emmenait au Festival de la jeunesse, à Budapest. Et nous nous sommes mariés deux ans plus tard, en 1951. » En 1952, Claude sort diplômé de l’École spéciale d’architecture. Dans cette France de l’après-guerre, où les besoins de logements sont urgents, il a à cœur de conjuguer son amour pour l’architecture et son idéal communiste. Le ministère de la Reconstruction et de l’urbanisme lui en offre les premières occasions. En 1954, il commande à l’agence que Claude a créée avec Serge Lana (résistant et communiste) une étude de « rénovation urbaine » à Montreuil. L’idylle est née. Elle n’a jamais faibli. « Claude disait toujours que Montreuil était sa ville de cœur », se souvient Huguette.

Urbaniste conseil de Montreuil

En 1958, à l’initiative du nouveau maire de Montreuil, le communiste André Grégoire, Claude Le Goas participe à la création d’un « Bureau du plan », sorte de régie municipale novatrice destinée à conserver la maîtrise de l’urbanisme, indépendamment des grands projets de l’État. Urbaniste conseil de Montreuil jusque dans les années 1990, Claude Le Goas a marqué la ville de son empreinte, à travers une cinquantaine de réalisations, pour la plupart monumentales et prestigieuses, conçues au sein de son équipe, dont les bureaux étaient installés dans le quartier de La Noue. Sans oublier l’aide précieuse d’Huguette, qui fut sa collaboratrice tout au long de leur vie. « Claude aimait beaucoup le travail d’équipe, il veillait aux bonnes conditions de travail de ses collaborateurs, qu’il accompagnait dans leur formation et leur évolution », raconte-t-elle.

Parmi les réalisations de « l’agence » (c’est ainsi que Claude appelait son équipe), on peut citer notamment : Mozinor, labellisé « Architecture contemporaine remarquable » ; le conservatoire Pina-Bausch ; le siège de la CGT, porte de Montreuil ; ou encore l’ensemble de la Croix-de-Chavaux. On lui doit aussi de nombreuses résidences d’habitations, dont la cité de l’Espoir, en centre-ville. « La défense des travailleurs et de leur qualité de vie a toujours été sa motivation, explique Huguette. Il souhaitait que les gens se sentent bien chez eux, dans des logements fonctionnels et spacieux. » Le projet d’une ville humaine, inventive et fraternelle perdure aujourd’hui à travers sa mémoire.

Jean-François Monthel

Claude Le Goas, sa femme, ses œuvres