Santé mentale des jeunes : la fin d'un tabou
Longtemps cantonnés à un strict cadre sanitaire, les troubles du bien-être et de l’équilibre mental nécessitent en réalité une action en profondeur en direction des jeunes.
À Montreuil, la municipalité a imposé cette question comme l’une des priorités du nouveau mandat.
Partagez avec :
De quoi parle-t-on lorsqu’on évoque la santé mentale ? « On a une santé mentale tout autant qu’on a une santé physique », rappelle Clément Plailly-Caucase, chargé de mission en santé mentale au sein de la direction de la Santé. Elle fluctue au fil des événements de la vie et contribue à notre équilibre psychique.
Depuis plusieurs années, les professionnels de l’éducation, de l’animation, de la prévention, de la santé ou encore de l’insertion alertent sur une dégradation de la santé mentale des jeunes. Difficultés psychologiques, anxiété, isolement, conduites à risque ou encore multiplication des situations d’automutilation : les signaux convergent.
« La crise du Covid a été un élément déclencheur de la prise de conscience générale, mais elle a aussi eu pour effet de faire croire que ces difficultés étaient uniquement liées à cette période », observe Kadjidia Doucouré, maire adjointe déléguée à la jeunesse et directrice de la Mission locale intercommunale pour l’emploi des jeunes (MIEJ), qui reconnecte avec la société les jeunes de 16 à 25 ans déscolarisés.
Confronté aux remontées répétées des acteurs de terrain et particulièrement marqué par certaines situations de détresse observées chez des adolescents montreuillois, notamment les scarifications des jeunes filles, Patrice Bessac a décidé de faire de la santé mentale des jeunes l’une des priorités de son nouveau mandat. Une conviction s’est imposée : la réponse ne peut être uniquement médicale. Elle doit aussi mobiliser les familles, les associations, les établissements scolaires, les professionnels de l’éducation populaire et les jeunes eux-mêmes.
La prise de conscience liée au Covid a le mérite d’avoir levé un tabou. « Alors que la santé mentale touche à l’intime, au confidentiel, aujourd’hui, les jeunes s’expriment et s’emparent de la question de façon plus libre et plus décomplexée que leurs aînés, se réjouit Kadjidia Doucouré. Prioriser la question de la santé mentale des jeunes, c’est apporter des réponses collectives pour préparer notre futur. D’une part, en faisant de Montreuil un laboratoire permanent d’expérimentation sur le sujet, d’autre part en renforçant le pouvoir d’agir des jeunes pour apporter des solutions. » Pour relever ce défi, la municipalité peut compter sur des institutions, des réseaux et des associations pionnières.
ENRICHIR LES RÉSEAUX, FAVORISER LE DIALOGUE ET FORMER
À l’image du conseil local de santé mentale des jeunes est en cours de création. Adolescents, parents, professionnels, associations et institutions pourront s’y retrouver régulièrement pour échanger sur des situations complexes, partager leurs expériences et mieux se connaître.
Cette instance a vocation à se réunir à chaque période de vacances scolaires. La Ville mise également sur la formation. Déjà proposées aux agents municipaux, les formations aux premiers secours en santé mentale (PSSM ; voir Le Montreuillois no 222, lire sur montreuil.fr) sont désormais complétées par un module consacré aux jeunes.
Destinées notamment aux animateurs et aux personnels éducatifs, elles visent à mieux repérer les signes de souffrance psychique dès l’adolescence et à orienter les jeunes vers les ressources adaptées.
Enfin, Montreuil ambitionne de développer, pour la première fois en France à l’échelle d’une ville, l’approche Open dialogue. Cette méthode repose sur une prise en charge rapide des personnes en détresse psychique et sur l’implication de leur entourage dans la recherche de solutions (lire l’interview ci-contre). L’objectif : multiplier les espaces d’écoute et de soutien avant que les situations ne s’aggravent.
« Les questions de santé mentale concernent tout le monde. C’est un enjeu majeur. La santé mentale des jeunes est aussi un baromètre de notre avenir collectif », conclut Kadjidia Doucouré.