Urbanisme. Des milliers d’habitants de Montreuil vivent encore trop loin du métro…
Les Grand-Pêchers, les Ruffins, Le Morillon… Sur les hauteurs de Montreuil, les cités ont fleuri après-guerre. La priorité était d’offrir un logement digne aux ouvriers qui travaillaient à la reconstruction du pays. Le réseau des transports en commun, organisé par l’État, n’a hélas jamais suivi. L’arrivée de la ligne 1 du métro réparerait cette injustice sociale qui perdure depuis près d’un siècle.
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Il est souvent reproché au bus 122 d’être irrégulier et, par conséquent, souvent bondé
Le scandale du bus 122 », titrait La Voix de l’Est, en décembre… 1961 ! L’hebdomadaire dyonisien pointait alors les défaillances de cette ligne cruciale pour les habitants des Ruffins, des Grands-Pêchers et du quartier Le Morillon, travailleurs serrés comme des sardines, ouvriers usés par les travaux les plus ingrats.
Les « anciens » du quartier Le Morillon se rappellent avoir longtemps bataillé, au début des années 1980, aux côtés de la municipalité (alors dirigée par le communiste Marcel Dufriche), pour obtenir le prolongement de cette même ligne 122 jusqu’à la gare de Val-de-Fontenay (ouverte en 1977).
Plus récemment, la pétition « Plus de bus pour Montreuil », lancée par la municipalité en 2022, a recueilli près de 22 000 signatures en quelques jours. « Dans les quartiers populaires de l’Est parisien, il faut toujours se battre pour les transports en commun », arguait le maire de Montreuil et président d’Est Ensemble, Patrice Bessac.
La mobilisation de Montreuil et des villes voisines, regroupées au sein de l’Association de promotion pour le prolongement de la ligne 11 (APPL11), a d’ailleurs pesé de tout son poids dans l’arrivée du métro à la Boissière, où ont ouvert les nouvelles stations Montreuil-Hôpital et La Dhuys.
Mais du côté des Ruffins et des Grands-Pêchers, hélas, rien n’a changé. « Ces quartiers sont des zones blanches, sans transport lourd à proximité », affirmait encore dernièrement Patrice Bessac dans le journal Les Échos. L’urbanisation de ces secteurs de Montreuil ne date pourtant d’hier.
« Dans les quartiers populaires de l’Est parisien, il faut toujours se battre pour les transports en commun »
Elle a commencé après la Seconde Guerre mondiale et s’est poursuivie tout au long des « Trente Glorieuses », jusqu’à la fin des années 1970. L’urgence était à la reconstruction du pays et à la résorption de l’habitat indigne. « Quand mes parents sont arrivés ici, c’était Byzance, par rapport à leur logement parisien », témoigne un habitant des Grands-Pêchers dans le film Mémoire du quartier Bel-Air – Grands-Pêchers, de l’association Passerelle de mémoire (visible sur YouTube).
Autour du parc Montreau, les cités ont fleuri sur d’anciennes et vastes terres agricoles, où proliféraient les murs à pêches, tombés en désuétude après avoir connu leur heure de gloire au temps des rois. La cité du « Clair logis » fut la première à sortir de terre. Son chantier a commencé en 1951, à l’initiative du mouvement ouvrier d’autoconstruction des « castors », sur un terrain cédé par la Ville. S’en est suivie la construction de dizaines d’autres résidences « à loyers modérés », ainsi que plusieurs foyers de travailleurs migrants, sous l’égide de l’Office public de l’habitat montreuillois et de divers bailleurs sociaux, tels que I3F (Groupe Action Logement) ou CDC Habitat. Citons notamment les groupes Coli (1960), Théophile-Sueur (1971), les Ruffins (1975), les Grands-Pêchers (1977), etc. Composé de plus de 60 % de logements sociaux, où résident des dizaines de milliers de Montreuillois, ce secteur de la ville est caractérisé par des taux de pauvreté et de chômage élevés, ainsi que par la jeunesse de sa population.
C’est à cette jeunesse, notamment, que se destine la mobilisation pour le prolongement de la ligne 1, dont l’ouverture aux Grands-Pêchers pourrait intervenir d’ici 2040.
Jean-François Monthel